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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 23:02
Ce 11 Novembre à Saint Orens Pouy Petit

Ce jour là, mon voisin Yvon Sourbés, de quatre vingt douze ans, avait l'habitude de mettre le costume et la cravate pour aller assister en première aux commémorations de l'armistice de la grande guerre. Sur sa poitrine, toute une panoplie de médailles, françaises et étrangères, témoignaient de tous les combats qu'il avait livré dans la force de l'âge contre les ennemis de la patrie.

Avec modestie et obstination il recevait les hommages des autorités locales au pied du Monument aux Morts de la sous préfecture du Gers parmi ses frères d'armes réunis pour l'occasion.

Pendant quelles années, le 11 Novembre, sa vie et sa lutte reprenaient une juste place dans cette société moderne qu'il avait contribué à instaurer; avec l'âge, il n'allait plus qu'au cimetière de la commune porter le drapeau d'une France glorieuse, soutenu dans ces minutes de silence qui lui faisaient parfois monter des larmes, par le Maire et quelques adjoints tenus de respecter le protocole devant la tombe des morts pour la France.

Aujourd'hui Monsieur Sourbés est resté chez lui, assis à la table de sa salle à manger pour lire La Dépêche, avec accroché au mur dans un cadre sous verre toutes ses médailles, qui n'étaient plus à son veston ( cf photo). Personne ne lui a rendu visite; aucun voisin n'a franchi le portail du jardin envahi de feuilles mortes pour raviver la flammes des souvenirs et de tous les services rendus aux saintorinois en panne de tracteur, de tondeuse à gazon, de machine à laver ou de moteur à explosion.

Il trouvait toujours une solution, quitte à forger une piéce, à la lime et au marteau, pour faire fonctionner les machines défectueuses, et redonner du moral aux travailleurs vaincus par les défaillances techniques de leur outil de production, comme il l'avait fait sur les chars à chenille de l'armée française en Afrique; les mêmes qui allaient libérer le sol français de l'occupant jusqu'à Berlin.

Je suis rentré dans sa cuisine avec un bout de tôle à la main que je n'arrivais pas à plier pour l'adapter au nouveau tuyau de ma cheminée. Je venais juste lui demander conseil sur la façon de procéder sachant qu'il sortait tout juste de l'hôpital. Mais il a exigé que je l'accompagne à l'atelier: " c'est moi qui commande ici". A ce moment on annonçait à la télé que l'aéroport de Toulouse était racheté en partie par les chinois.

Je l'ai suivi à petits pas; on est allé jusqu'à l'étau de son établi, où là il a fixé la pièce entre deux plaques de fer et a donné quelques coups de marteaux. Le pli était fait; avec son autorisation, j'ai fait la finition. Encore une fois le tour était joué; son œil brillait, il avait gagné une nouvelle bataille ponctué seulement d'un "tu vois c'est fait".

Je l'ai quitté avec ma pièce prête à l'emploi comme autrefois, et heureux de pouvoir bientôt me chauffer au château.

En sortant dans la rue j'ai vu le tissu bleu blanc rouge plié sous le bras d'un individu bedonnant que j'ai salué et qui ne m'a pas répondu; sûrement un tout nouveau porte drapeau venu du nord ou de l'est pour faire fortune et célébrité dans la commune.

Il a du me prendre pour un plouc ou peut-être un débile vu mon accoutrement. Mais peu importe, avec Yvon nous sommes les plus anciens habitants du village et nous le resterons jusqu'au cimetière en bas du mur d'enceinte, avec notre liberté et notre solidarité bien vivante ici et maintenant.

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commentaires

nicky 12/11/2014 15:31

Il a du en avoir a son actif des faits d armes si l'on les mesure aux nombre de médailles. Mais les héros qui ne sont pas tombés au combat sont souvent oubliés et leur discrétion tranche avec les fanfaronnades des faiseurs de moulinets!!! Je connais bien le personnage, certes pas un tendre, mais toujours prêt à rendre service malgré son grand âge. Mais qui s'en soucis aujourd'hui ?