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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 22:00

martelly

On m'avait déconseillé d'y  aller; cette cérémonie d'investiture du nouveau président de la république d'Haïti n'était pas la raison première de mon retour à Port au Prince. Arrivé le vendredi 13, les hasards du calendrier des réservations du billet d'avion ont fait que ce soit la veille de la passation du pouvoir de l'ancien au nouveau chef d'état; épisode final d'un processus électoral long, complexe et controversé mais où la démocratie a finalement trouvé sa juste place.

J'avais donné rendez-vous à mon ancien fixeur, connu lors de mes précédents voyages, pour établir le programme de la semaine à venir. Il a travaillé avec d'autres journalistes et ses conseils sont précieux pour éviter les embûches, ne serait-ce qu'au niveau de la conduite automobile si particulière dans cette capitale toujours sinistrée depuis le 12 Janvier 2010.

Il était là à 9 heures du matin et après les mises au point d'usage, il me dit: "bon, on y va.". Il voulait aller au centre ville, prés du champ de Mars, où toute la population était rassemblée pour acclamer le vainqueur des urnes. C'est vrai que ce 14 Mai fera date dans l'histoire de ce petit pays et que de nombreux représentants de délégation ministérielle et de chef d'état étaient présents, sans parler de M alain Juppé en personne.

Je n'ai pas voulu le décevoir. J'ai pris mon appareil photo par habitude et une vielle carte de presse qui traîne dans ma valise depuis la conférence internationale de Santo Domingo. Nous avons roulé dans des rues presque désertes vers le palais présidentiel jusqu'au premier barrage de police; j'ai montré ma carte, plaquée au pare-brise, et on a pu passer. Encore un autre contrôle et nous étions dans la zone protégée où seul les véhicules accrédités pouvait rentrer.

la cérémonie avait commencé depuis longtemps et le champ était libre pour approcher la foule qui indiquait le point central de l'événement. Tous regardaient dans la même direction et je me suis approché l'appareil au poing à hauteur du visage, retrouvant une gestuelle où la caméra sert aussi de coupe-file ou de bouclier.Presque machinalement, je me suis avancé toujours plus en avant dans cette  cohue qui devenait de plus en plus compacte. J'étais sur le point de renoncer, bien que le chemin inverse risquait d'être encore plus hasardeux, quand mon accompagnateur qui me suivait a prononcé le le mot "excuse". Je me suis mis à le dire aussi; à chaque fois la tête la personne devant moi se retournait et, voyant la caméra et une chevelure blonde, surprise, se serait un peu sur le côté pour me laisser passer.

La progression a été longue et laborieuse, plus de cinquante mètres, où nous étions aussi serrés que des abeilles dans un essaim, mais seul blanc dans cette foule, je n'ai jamais senti l'insécurité. Au contraire, ils m'acceptaient parmi eux malgré l'étrangeté de ma présence, et je me suis souvenu de cette sensation, connue pour la premiére fois lors des carnavals de rue à Bahia, où le corps à corps étant si compact que vous dansez sur vos pieds, portés par le déplacement de vos "voisins" sans même le vouloir. Vous ne vous appartenez plus, vous êtes fondu dans la masse.

Et puis soudain, plus personne devant moi. Je fais un pas en avant. A ma droite, un grand gaillard en uniforme léopart, fusil mitrailleur, casque, gilet pare-balle me regarde surpris, et me laisse avancer; Je suis seul maintenant dans l'aréne, avec des milliers de spectateurs autour qui forment un grand cercle, et un cordon de policiers qui les tient en respect.

A moi de jouer. Je m'avance encore vers la troupe au garde à vous et là, un garde du corps me barre le chemin les bras en croix. Je mets un genoux à terre et j'ai le président dans le viseur à dix métres. Il vient de recevoir son écharpe et salue, rigide, le drapeau. J'ai ma photo: le premier portrait de M Michel Joseph Martelly en chef d'état. Quelques secondes et une voiture noire aux vitres fumées s'approche. Je prends un peu de recul et comme d'un coup de baguette magique, tous les spectateurs se ruent en criant de joie dans l'espace libéré.

Ils se précipitent vers moi, vociférant et gesticulant; le spectacle est incroyable. Je shoote à l' aveuglette en rafale sachant que je fais des super photos de cette ruée sauvage.Je suis au bon endroitau bon moment une fois de plus. Ils passent à mes côtés en courant sans me renverser.Ce n'est pas comme à Belfast où aprés l'explosion de la bombe, ils me tombaient dessus en pleine panique..

Je reste un moment sous le coup de l'émotion, et ayant un appareil numérique, je regarde, curieux, le résultat. Presque toutes ratées, sauf le portrait.

J'avais oublié de déprogrammer le zoom. Je pensais être revenu au grand angle; ça ne serait pas arrivé si j'étais avec mon Nikon, comme à la grande époque, à Sygma.  Quand le photojournalisme était mon métier de tous les instantsmartelly-copie-1.JPG   

                  Et ce portrait restera le premier du président èlu, avec son écharpe présidentielle;

                          invendu, mais archivé, comme le reste aux souvenirs professionnels.

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commentaires

nicky hebrard 30/06/2011 19:19


Salut Guy,
C 'est comme si on y était!


etienne 17/06/2011 15:28


dommage le numérique..... ça va venir....
beau récit du coup...
hasta bientôt au chateau?


Guy Capdeville 17/06/2011 18:22



ça fait plaisir d'avoir un ecouragement ami; j'espére que tu viendras à St Orens bientôt


@+



Inti 20/05/2011 15:52


so faltava a musica do trio electrico, né!

boa onda, valeu!


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