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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 08:50

P1090401.JPG  p                                                                                                                                 photo guy capdeville

Tourner la page   3 – De l’Ile des Femmes (Yucatan-Mexique) à Belize city ( Honduras)

 Cinq mois dans un bungalow sous les cocotiers, posé sur du sable blanc, à vingt pas de l’eau de mer translucide  des Caraïbes, parfaitement claire et toujours à vingt huit degré ; du homard ou des steaks de tortue tous les jours, ça ne pouvait plus durer. Fallait reprendre la route vers le sud.

On n’était plus très loin de la frontière  du Honduras Britannique et je voulais me sortir de là : le risque était, d’y rester trop longtemps. Un endroit merveilleux et un travail en or, guide interprète au Club Méditerranée. Sur cette Islas Mujeres, à la pointe du Yucatan mexicain, certains soirs, de faibles lueurs à l’horizon indiquaient Cuba. Fidel avait débarqué là au tout début de sa croisade révolutionnaire  avec ses premiers compagnons de combat. Pour l’instant les Gm et  les Go du Club occupaient l’hotel Zazil-Ha (qui existe toujours je crois), tout à la pointe de l’île.

Le directeur ne parlant pas français m’avait demandé de tout lui traduire en simultané et je serais logé, nourri, un peu payé. C’était très important pour le contrat avec Le Club Med qui était pour la première fois en Amérique latine et pouvait revenir tous les ans car l’hôtel ne couvrait plus ses frais de gestion ; tous les robinets fuyaient. Une affaire énorme qui allait bouleverser tout le paysage. C’était fin 1968, début 1969 et l’homme allait marcher sur la lune.

La routine s’installait avec un farniente omniprésent et les activités du Club créaient des distractions pour tous, à toute heure, même tard la nuit parfois ; la promenade la plus prisée des Gentils Membres était la journée de découverte  sur l’île inhabitée, Cancún.

Je partais le matin avec l’équipement nécessaire  pour préparer les repas avec apéritif inclus : une machette, des citrons et des oignons, du sel, du sucre, du rhum et des glaçons. Et de l’eau bien sûr. Avec mes six à dix personnes et mon assistant,  sur un bateau hors-bord, j’installais tout le monde  pour une traversée de quarante  minutes à une heure selon la houle, jusqu’à la crique « enchantée » ; une anse de sable blanc d’une centaine de mètre en arc de cercle  avec à chaque extrémité des récifs de coraux à moitié immergé où pullulaient des poissons multicolores. Durant la traversée, on péchait avec une traîne de trente mètres et un gros hameçon planté dans un bout de chiffon blanc, deux ou trois barracudas avant d’arriver à la crique sauvage, vierge de toute présence humaine, sinon des flamands roses et des ibis rouges, sans parler des pélicans, perroquets, des iguanes et des autres espèces qui vivaient là depuis des lustres.    

Dés  notre accostage, nous coupions quelques palmes pour pouvoir s’asseoir  sur le sable brûlant et préparions un feu. On allait cueillir quelques noix de coco pour préparer l’apéritif et je mettais mes lunettes de plongée pour ramasser des  lambis par trois ou quatre mètres de fond qui en était jonché. Revenu sur la plage, je cassais d’un coup de lame  la pointe du coquillage pour décrocher le muscle qui tombait dans le plat. Puis coupé en petits morceaux, il macérait dans du jus de citron ; le « sebiche » était prêt et il ne restait plus qu’à partager le barracuda qui grillait sur la braise. C’était devenu mon île déserte, mon coin de paradis  à moi.

Un jour on m’a demandé d’emmener juste deux personnes et de bien les soigner ; j’ai fait comme d’habitude pour une journée d’aventure à Cancun. Plus tard j’ai su que j’avais côtoyé  le pdg du Club et le roi du stylo à bille. Peut-être ce jour là ont-ils décidé de construire un aéroport sur le lagon ?  

             Changer de pays

Aucune difficulté pour passer la douane et les contrôles de police avec un sac à dos pour tout viatique. Nous entrions dans un pays du Commonwealth avec un passeport français ; l’alliance cordiale et trois mois de visa immédiat.

L’arrivée à Belize, après des centaines de kilomètres à l’arrière d’un pick-up sur des pistes poussiéreuses, fut très étonnante. Une succession ininterrompue de petites maisons en bois peintes au Ripolin, éclairées à la nuit tombante d’ampoules colorées, nous conduisit jusqu’au centre ville juste après le pont.

Beaucoup de monde sur les trottoirs, les petites terrasses et même aux fenêtres  des rez-de-chaussée, le tout baigné d’une musique soul de James Brown à Otis Redding branchée sur la même radio. Mais la surprise était qu’il n’y avait pas de blancs, que des africains.

Mais la loi était anglaise et on respectait la reine Elizabeth. Les quelques  policiers qui circulaient dans leur Land Rover ne réagissaient pas aux moqueries des gamins qui les narguaient ; mais je me souviens de ce procès d’un jeune homme, condamné à la pendaison par un tribunal où les juges avaient des perruques de coton blanc bouclé sur la tête et des grosses gouttes de sueur qui perlaient luisantes sur leur front en prononçant la sentence.

Ce petit pays était en effervescence car il allait être indépendant. Dans les faubourgs de la ville, sur la zone marécageuse, des «boîtes de nuit » regroupaient toute une jeunesse qui faisait la révolution en fumant des joints au son de Sex Machine. C’est là que j’ai rencontré un cubain qui enseignait la technique de faire une arme de poing avec un bout de tuyau, un ressort et une cartouche.

Il fallait provoquer des défilés de rue et lorsqu’on était au contact des forces de l’ordre, on tirait dans le tas. Mais les quelques intéressés par la prise du pouvoir préféraient  finalement succomber à une douce violence. Ce n’était pas des hippies, même s’ils préféraient l’amour à la guerre.

                  The Reporter

Cette ambiance me plaisait et il fallait trouver un moyen d’y rester. J’ai appris par un américain qu’un journal allait se créer ; des investisseurs étranger cherchaient à monter une rédaction avec un photographe de presse. Je me suis présenté. J’ai été embauché à la pige. Dés que le rédacteur en chef me demandait de faire une photo, je savais que j’allais gagner quelques dollars .

Il ne m’a pas laissé le temps de réfléchir quand il m’a proposé de faire une photo difficile, à la sortie du tribunal, d’un individu dont tout le monde connaissait le nom mais personne  ne savait pas à quoi il ressemblait ; il était de très mauvaise réputation et il fallait que «l’affaire » éclate au grand jour.

J’ai fait mon travail avec le sentiment de montrer un méchant nuisible. Mais aujourd’hui en voyant comment ce petit territoire a été morcelé par de grands propriétaires américains du nord, dont certains très célèbres pour leurs films, je me pose des questions .

Et si l’homme en question était un chef politique ou religieux qui pouvait conduire sa  nation  vers un autre destin au moment opportun. En tout cas, pour ceux qui ne lisent pas l'anglais, il m'a dit qu'il me retrouverait; pour me faire la peau?

Photographe du Petit Bleu au The Reporter à Belize- Honduras Brit.

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Guy Capdeville - dans presse
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