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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 08:53

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foto guy capdeville   La belle aubaine de la premiére page  du plus grand tirage des quotidiens brésiliens O Estado de Sao Paulo- O Jornal da Tarde1971

Le Brèsil m`avait ouvert ses bras, j`avais un mètier et un terrain au Alto da Serra où j´ai construit ma première maison. J´ètais devenu brésilien

Depuis quelques semaines je suis papa, père d’un petit bout de choux qui doit prendre ses trois biberons par jour ; et le lait coute cher quand on n’a pas de cruzeiros en poche. Aucune chance de trouver du travail dans cette mégalopole, envahie de milliers d’immigrants venant des zones rurales à la recherche d’un emploi. La dictature bat son plein régime dans ce Brésil en crise, et Sao Paulo vit dans le chaos d’un afflux de population incontrôlée.

Chacun cherche un domicile pour vivre comme il peut, au jour le jour. Sans un sou, car nos réserves financières reçues à Santiago du Chili  pour le tournage d’un publicitaire avec Rexona avaient fondues le long du trajet de plusieurs milliers de kilomètre ; avec une compagne dormant sur des cartons dans une pièce sans fenêtres et un bébé sur une panière posée au sol, il fallait vite trouver une solution pour régler l’urgence alimentaire.

En plus, six mois auparavant, par l’Argentine, j’avais franchi la frontière sans papier, et j’étais à la merci d’un contrôle de la police militaire qui surveillait tout, partout. Un matin, encouragé par un ami franco-brésilien, je décide de me présenter à la rédaction d’O Estado de Sao Paulo, le plus grand quotidien de l’époque avec des millions de lecteurs tous les jours. C’était le 8 Juin 1971.

Je commençais à bien parler le portugais et je raconte mon histoire à la secrétaire de rédaction qui m’avait reçue : »photographe de presse français, père d’un petit garçon etc.… » et je terminais mon long discours en formulant une demande de travail ; une pige me suffirait. Le temps de cette entrevue j’ai pu accrocher un journaliste de la rédaction avec qui j’ai pu parler de mon métier en France, reporter au Petit Bleu, et de ma situation marginale.

Il connaissait bien le rédacteur en chef du Jornal Da Tarde, et nous sommes allés le voir dans son bureau. Ensemble, on a bu le petit café, fumé une cigarette, évoqué Paris et mai 68, mais pas d’embauche possible pour le moment. Nous allions nous séparer quand soudain il me dit « espera um poco ». Un télex vient de tomber : Emerson Fittipaldi  a été accidenté dans une collision  prés de Lyon. « C’est où Lyon ». Je lui explique et il me dit.

« Bon, t’es photographe. Tu vas avec un rédacteur sportif au domicile d’Emerson et tu fais des clichés. Demain on titre en première page sur l’accident ». Nous voilà parti, avec mon appareil au cou qui ne me quittait jamais et nous arrivons chez l’idole de tout un peuple, champion du monde de la conduite automobile, seul héros brésilien connu dans le monde entier. Une fierté nationale.

Seulement la famille Fittipaldi  est dans un grand désarroi, cherchant par tous les moyens des informations sur l’état de santé du fils prodige. Le téléphone n’arrête pas de sonner et je prends des photos portrait autour de ce combiné : pas terrible comme illustration  du sujet. Et voilà que mon collègue m’entraine au sous-sol, conduit par Mr. Fittipaldi qui tient absolument à nous montrer la salle des trophées.

Partout des coupes, des vases ornés de médailles, tout un bric à brac , doré et brillant qui prend bien la lumière. Il nous montre du doigt une grande photo posée sur une étagère : c’est Emerson au volant d’une formule Indi à Indianapolis qui percute un autre concurrent à plus de 150 km/heure et passe au dessus de lui. Et il remet sa main sur son visage.

J’avais vu le cadrage, très peu de luminosité, mais avec le contre jour de l’ampoule électrique, je pouvais faire une « plaque » émouvante. Je n’étais pas sûr de moi et je suis allé au labo attendre le résultat. Une réussite en noir et blanc bien contrasté, pas trop flou pour voir les détails. On m’a félicité et le lendemain quand je suis allé chercher mon chèque pour la cessation de mes droits d’auteur au Jornal da Tarde, tous avaient vu la pleine demi page sur quatre colonnes de l’accident d’Emerson à Lyon. J’étais «  o  fotografo frances, o guy  «          

Il a fallu tout quitter; ils m´ont mis dans l´avion pour Paris avec juste mon sac á dos que je trainais avec moi depuis trois ans et une paniére en osier oú mon fils de six mois pleurait.

J`ai attendu 43 ans pour savourer ma revanche; un plat qui se mange froid et je suis le seul á déguster. Mais je n`aurais pas le temps de construire une autre maison; après mon départ forcè, elle a èté brûlé par les militaires qui soupçonnaient une cache des guerrilheros du Alto da Serra.

Ce sera mes petits enfants qui bâtiront ici, dans leur pays, comme le font tous les brésiliens et comme je l`avais fait aussi en quittant mon métier pour être papa

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