J'offre ici une lecture gratuite des premiéres pages . Un nouveau livre est prêt à être édité. Ce sera la suite Tome 2 " Sur les routes de Paradis". Vous pouvez m'en commander un exemplaire en m'écrivant dans les commentaires.
biance de mes huit années, de deux à dix ans, au bord du
Bassin.
6
7
HUIT ANS au PARADIS
Je reconnais en haut de la plage à droite ce grand bâtiment
au bord de l’eau qui était mon terrain d’aventures terrestres.
Il était abandonné avec d’immenses salles et salons où l’on
pouvait rentrer par des portes ou fenêtres toutes fracturées.
Il avait été pillé à la fin de la guerre car c’était le siège de la
Komandatur; la Gestapo l’utilisait aussi, triste mémoire.
Cela nous importunait peu. Avec mon copain Jean, fils de
pompier et de plombier zingueur, natif d’Arcachon, on
continuait le pillage de cette caverne d’Alibaba. Au moindre
bruit suspect on déguerpissait en courant vers la plage notre
deuxième territoire d’aventures, immense comme la mer qui
montait et descendait le jour comme la nuit.
Ce changement radical d’ambiance entre la marée haute et
basse faisait immanquablement un univers toujours nou
-
veau. On le découvrait avec émerveillement selon les heures
du soir ou du matin. Parfois la plage de sable jaune toute pe
-
tite ne laissait de place que pour une dizaine de parasols.
Alors pour défendre mon territoire familier je m’activais tout
de suite à faire un trou que je creusais à la main, juste en
bas des escaliers qui permettaient son accès, pour y mettre
au fond des bouts de méduse ou des «pisse vinaigre «en fait
des concombres de mer ou holothuries. Je le recouvrais d’un
papier journal que je dissimulais avec du sable sec. Le piège à
touristes était installé.
8 9
Je revenais barboter dans l’eau et j’attendais l’arrivée des en-
vahisseurs. En général c’était des bordelais, souvent papa
maman et deux enfants, qui venaient passer un moment au
calme entre les odeurs de varechs desséchés et le bruit des
vagues. Souvent Madame descendait la première avec des
serviettes, des bouées en plastique multicolores, des petits
filets à main pour attraper des mollusques et Monsieur qui
portait un panier.
Elle s’avançait en regardant la mer, sans bien voir où elle po-
sait ses pieds et soudain elle tombait. Panique à bord, elle
criait et son mari l’aidait à sortir du trou. Je ne disais rien
mais j’étais content de moi. Certaines hurlaient «qu’est-ce
que c’est ces cochonneries, partons vite «. Et ils remontaient
tous sur la promenade plantée de tamaris aux fleurs roses
pour aller sur la prochaine plage. J’avais gagné une bataille.
Moi tout seul contre les urbains.
Je pouvais continuer mes explorations et découvertes du
monde aquatique qui frétillait sous mes yeux dans la trans-
parence de l’eau bleue. Les plus visibles étaient les crevettes,
beaucoup de petites grises que j’arrivais parfois à attraper et
croquer avec délice mais aussi quelques plus grosses, rapides
et craintives impossible à déguster crues.
Quelques petits poissons, des bébés seiches en escadron et
surtout des crabes, de toutes sortes partout, des coureurs,
des nageurs, des escaladeurs. Ceux qui m’intéressaient par-
ticulièrement les «enfouisseurs». À mon approche avec de
l’eau jusqu’aux genoux ils s’enfuyaient de quelques mètres,
rentraient sous le sable mais je pouvais voir leurs deux yeux
tel des périscopes qui me regardaient.
Au plus près d’eux, lentement j’approchais ma main droite et
j’enfonçais mon doigt plus profondément juste entre ses deux
yeux qui pointaient hors du fond. Il ne pouvait plus bouger
et surtout ne pas m’atteindre avec les pinces qui faisaient très
mal; je passais mon pouce et l’index derrière ces tenailles et
je le sortais du sable. Il allait rejoindre sur la plage d’autres
prisonniers dans le trou creusé à cet effet. Ils y attendront la
prochaine marée pour continuer leurs vies.
Mais le plus intéressant était le grand territoire d’aventure
que découvrait la marée basse sur des centaines de mètres.
Après le sable une étendue de vase grise avec des algues et
de grandes piscines retenaient piégée toute une faune mysté-
rieuse; les plus étonnants étaient les hippocampes.
Ces créatures avec une extrême délicatesse s’accrochaient
aux algues où nageaient d’une façon bizarre lentement de
bas en haut. En faisant très doucement on pouvait arriver à
ce qu’il s’entortille au bout d’un doigt. Ces piscines peu pro-
fondes étaient tapissées de coquillages, de bivalves, de pe-
tites moules, sur quelques pierres des huîtres. Je les mangeais
cru quand j’avais trouvé un couteau oublié par des touristes
piqueniqueurs pour les ouvrir.
Je ne pouvais pas rester là des heures sous l’emprise de
l’émerveillement de la découverte du monde de la mer. Il fal-
lait surtout ne pas oublier de revenir auprès des humains qui
forcément attendaient mon retour. À chacune de mes dispa-
ritions celle qui était chargée de mon éducation se mortifiait
de mon absence: où étais-je allé me fourrer pour risquer de
mettre ma vie en danger ? Et ses lamentations m’accablaient.
Revenir chez les humains était laborieux. D’abord marcher
sur le goudron pour traverser la rue et rentrer au domicile
familial m’obligeait à mettre des chaussures. Un autre mi-
lieu m’accueillait: celui de la boulangerie de mes parents, un
monde fascinant où chaque jour la farine et l’eau se transfor-
10 11
mait en pain chaud.
Quand je revenais en ville après avoir quitté la mer, la pre-
mière rue légèrement en pente était celle de la boulangerie.
La première porte basse sur la gauche ouvrait sur un escalier
droit en planche qui descendait au fournil: le domaine de
mon père, patron boulanger. J’essayais de me montrer pour
lui signaler que j’étais bien rentré. Souvent il me demandait
de déguerpir et de revenir vite au rez de chaussée en rentrant
par le magasin. Ma mère m’attendait. Elle était trop occupé
à servir les clients, alors je filais à la cuisine. Là je retrou-
vais ma marraine, ma gouvernante celle qui avait éduqué ma
mère depuis l’âge de cinq ans.
Je me faisais copieusement réprimander pour être allé dans
des endroits interdits, sans demander l’autorisation, et j’avais
droit aux litanies, genre «s’il m’était arrivé quelque chose, je
serais perdu, disparu à tout jamais «. Il y avait d’autres la-
mentations plus moralistes, affectives auxquelles je ne pen-
sais pas du tout aux soucis et tracas que mon attitude insou-
ciante lui provoquait. Cela la rendait malade.
Alors pour avoir droit à un recours en grâce et obtenir un
pardon je devais faire une prière, un «mea culpa «, et l’af-
faire était close. Je redevenais un petit ange blond aux yeux
bleus qui avait droit à tous les éloges, les siens et ceux des
clientes qui me caressaient gentiment les cheveux et disaient
que j’étais beau. Personne ne savait que j’avais fait un piège à
touristes très efficace.
La majorité de mes journées était consacrée à l’école, plutôt
à la garderie des Sœurs Michelet, juste en bas à gauche dans
la rue Jehenne qui plus loin abritait le Marché Couvert: de
grands étales de poissonnier remplis de produits de la mer,
avec des yeux globuleux, des bouches avec des rangées de
dents, des soles avec la gueule en coin, les gros crabes encore
vivants aux pinces redoutables, des anguilles qui se tortil-
laient, tout cela sentait mauvais.
Bien que proche la garderie où nous avions tous un uni-
forme, différent pour les filles et les garçons, était remplie
de parfums. Les maîtresses avaient beaucoup de fleurs dans
la véranda qui servait de salle de classe. Là aussi j’étais choyé
comme un bon élève qui apprend vite et bien comme elles di-
saient. Cela n’avait pas trop d’importance quoique j’en étais
fier. Ce que je voulais surtout c’était revenir voir où en était
la marée. Elle changeait tout le temps en quelques heures et
je ne savais pas encore compter. C’était toujours une surprise
de voir l’état de la plage.
Parfois elle était très haute et le sable disparaissait recou-
vert d’écumes et de vagues qui venaient se briser sur la digue
longeant le bord de mer. Impossible de faire autre chose que
de contempler les pinasses accrochées à des corps-mort qui
dansaient sur les flots. Les grandes marées se faisaient re-
marquer en interdisant la promenade au bord de l’eau ensuite
venaient les formidables marées basses qui découvraient des
territoires jamais vus.
L’eau avait disparu et n’était plus qu’au loin une ligne hori-
zontale de brouillards blancs; devant un immense marécage
avec une vase noire où seules les plaques de varech permet-
taient de marcher dessus. Parsemées de piscines plus ou
moins profondes on pouvait avancer avec de l’eau jusqu’à
la ceinture; plus on s’éloignait du bord et plus il y avait de
poissons, des petites soles, des sardines, parfois des mulets,
beaucoup d’alevins de toutes espèces.
C’est là que je rencontrais, se tenant à distance, un ou deux
individus qui remplissaient des bourriches de coquillages, de
grosses crevettes, de petits poissons; ils avaient des filets au
12 13
bout d’un long manche en bois. Ils récoltaient tout ce qu’il
pouvaient, ils ne remettaient à l’eau que les hippocampes,
tout le reste ils le gardaient. J’avais demandé qui ils étaient:
«ce sont des braconniers» m’a répondu un client de la bou-
langerie.
Des années plus tard, sous d’autres cieux, j’ai rencontré sur
des bords de mer du Sud d’autres personnes qui pêchaient à
pied près de villages sous les cocotiers. Dans ce décor c’était
pour eux un mode de vie et de subsistance. Ils perpétraient
depuis l’aube de l’humanité une collecte quotidienne des
fruits de mer pour se nourrir, c’était des pêcheurs cueilleurs;
dans la forêt tropicale il y avait les chasseurs cueilleurs. J’ai
connu leur mode de vie en allant chez eux, dans l’hémis-
phère sud.
Sur le bassin d’Arcachon c’était des marginaux. Leur pre-
mière caractéristique, ils étaient pauvres et ne pouvaient
pas payer de suite leur pain. Quand ils venaient au maga-
sin je ne pouvais les servir. Il fallait sortir un carnet où leur
nom plutôt leur prénom était inscrit et marquer leurs achats.
Ils ne payaient qu’en fin de semaine et souvent par manque
d’argent, donnaient en échange des gros crabes, les dormeurs
à grosses pinces, des soles, des palourdes ou des moules. Ma
mère acceptait ce troc et cela permettait à la cuisinière de
préparer toujours d’excellents repas.
Ils habitaient dans des cabanes construites sur des pilotis
après la ville vers le fond du bassin sur la partie marécageuse
de la baie. À marée haute ces petites maisons n’étaient acces-
sibles qu’avec une petite barque en planche, une plate, accro-
chée avec un bout à un piquet. C’était eux qui allaient la nuit
sur l’eau avec leur embarcation fragile doté d’un lampion
planter leurs tridents, leurs foènes, au fond de l’eau, centi-
mètre par centimètre, pour transpercer des soles parfois des
limandes. Cette technique de pêche était assimilée à un bra-
connage comme celle de poser des collets sur le passage des
oiseaux dans les touffes de bruyère en forêt.
La fréquentation de mon lieu de vie, la boutique du magasin,
me permettaient de rencontrer de nombreuses personnes qui
venaient acheter du pain ou des croissants. Je voyais bien les
grands et les petits, les gros et les maigres, les jeunes et les
vieux mais je restais muet seulement préoccupé de garder le
contact avec Doly couchée comme moi sur le carrelage chaud
du sol. Ses longs poils roux et soyeux propres aux setters
irlandais me servaient de coussin confortable et rassurant,
C’était une amie fidèle mais évidement quand un client ren-
trait, je devais me lever. En fait il nous dérangeait.
J’ai appris plus tard qu’il fallait gagner de l’argent. Mon père
travaillait beaucoup pour cela, jour et nuit. Je ne le voyais
pas souvent sauf le dimanche, hors saison, quand je pouvais
l’accompagner à la chasse dans ces terrains sauvages où il
fallait avoir un fusil pour ne pas revenir bredouille à la mai-
son. Tout ce qui bougeait sur la terre ou dans les airs pouvait
être du gibier bon à tuer, à tirer. Il suffisait d’avoir l’oeil sur
tout. Comme lui, je cherchais à identifier une cible, une vé-
ritable initiation à la survie en milieu sauvage. Je ressentais
ces moments là comme un apprentissage, une découverte de
pouvoir communiquer attentivement avec le monde exté-
rieur pour être capable d’y vivre même en dehors des zones
civilisées, habitées.
Si vous voulez la suite dites le moi par un commentaire ci joint en bas de page.
Mais peut être tourner la page sera la solution, passer à une autre histoire, pour le plaisir d'écrire à nouveau.
/image%2F0670966%2F20250808%2Fob_72d46f_petit-bleu-new.jpeg)
/image%2F0670966%2F20260901%2Fob_1db037_facebook-1788291031664-750063622727329.jpg)
/image%2F0670966%2F20260829%2Fob_6996a8_image0000011-3.jpg)

/image%2F0670966%2F20250302%2Fob_2cc5af_mamcumba.jpg)
/image%2F0670966%2F20260813%2Fob_0ae5db_47c7e826-5e86-4f8a-bbba-dfc664eeb107.jpg)
/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FgVyU8CAgxbY%2Fhqdefault.jpg)
/image%2F0670966%2F20260807%2Fob_69e784_santiago-vit.jpg)